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Pierre Rabhi

Introduction

Dans cette catégorie, j’aimerais vous présenter les portraits de personnalités qui à l’instar de Pierre Rabhi, ont un réel impact dans ma vie. Ce sont des personnes dont la parole ou les actes trouvent un grand écho en moi. Ils sont anonymes ou personnages publics, c’est selon. Suivre leur exemple ou leurs conseils, bénéficier de leur enseignement ou de leur expérience,  me permet de me sentir toujours un peu plus près de ma vérité et d’avancer sur mon chemin de vie.

 

Pierre Rabhi, le paysan philosophe

La toute première personne que je veux vous présenter est Pierre Rabhi.
C’est lorsque j’ai effectué ma reconversion professionnelle en 2007 que j’ai pour la première fois entendu parler de lui.
C’était sur le site de Terre et Humanisme, association qui parle d’agro-écologie. Pierre Rabhi est, comme il a coutume de se définir, paysan ET philosophe. Ce qui me met littéralement en joie. Je trouve qu’il y a dans cette synthèse tout le pouvoir extraordinaire de la parole de Pierre Rabhi. Singulière, transparente, visionnaire, cohérente, vraie,…Et surtout, surtout, porteuse d’un formidable message d’espoir, décrivant un nouveau paradigme pour un futur positif.

Pierre Rabhi a une vision claire de ce que pourrait être notre monde, et de comment faire pour y arriver ensemble. Et il a le don de savoir l’exprimer parfaitement.

Si je suis admirative du paysan pionnier et expert reconnu mondialement en agro-écologie, je suis surtout pleine de gratitude pour le philosophe qui m’a permis, par sa parole, de mettre en lumière ma propre pensée et de me donner ainsi un cap à suivre, enthousiasmant et inspirant,  qui me guide désormais, dans mon travail et dans ma vie.

La sobriété heureuse – Pierre Rabhi

Sa proposition pour un nouveau paradigme : La sobriété heureuse

Parmi tous les livres de Pierre Rabhi, il en est un que je retiens particulièrement: « vers la sobriété heureuse ».

Plutôt que de vous expliquer,  je vais ici laisser parler l’auteur. ceci est un extrait de préface :

« On me demande souvent ce que j’entends par cette sobriété heureuse que je prône depuis des années comme une sorte d’antidote à la société de la surabondance sans joie dans laquelle les pays dits développés se sont enlisés. Au-delà d’un concept séduisant,  esthétique ou poétique,  cette idée résonne en moi comme une nécessité inspirée par une analyse des faits objectifs et quantifiables qui déterminent, à mon avis, l’avenir de la façon la plus rigoureuse.

Car une certitude demeure: les limites qu’impose, par sa constitution même,  la planète Terre, rendent irréaliste et absurde le principe de croissance économique infinie. (…)

Le consommateur est à l’évidence le rouage d’une machine qui produit toujours plus, afin que l’on consomme toujours plus. (…)

Personnellement, (..) j’ai toujours eu un gros contentieux avec la modernité qui d’un côté proclame la libération de l’être humain et de l’autre l’incarcère. (…) La croissance économique va toujours de pair avec celle de la misère pour le plus grand nombre. Comment ne pas s’insurger contre cette féodalité étendue à l’échelle planétaire? En outre, surabondance et bonheur ne vont pas forcément de pair; parfois même ils deviennent antinomiques. La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir…(…)

Conséquence de présupposés métaphysiques érigeant l’homme en roi, la subordination de la nature fut déclarée, et le principe d’une planète ravalée au rang de gisements de ressources à exploiter, définitivement établi comme norme. La nature n’aurait-elle fait advenir l’être humain qu’à la seule fin d’être meurtrie par lui? Comment admettre une hypothèse aussi absurde?

Lorsque j’essaie d’aller au plus profond de cette question de la sobriété,  s’éveille en moi la sensation que semblent avoir eue les êtres premiers qui proclamaient que rien ne leur appartenait. La quasi-totalité de ces peuples ne tuait pas sans nécessité vitale: quant à le faire pour se divertir,  c’était chose inconcevable, car c’eût été une profanation au sens strict du terme. (…)

Avec mon épouse Michèle, nous avons choisi consciemment, résolument, la sobriété heureuse comme art de vivre. Paradoxalement, ce choix de la simplicité a comporté des contraintes et des complications de toute nature, parfois à la limite du supportable.  Même la simplicité, dans un monde voué au profit sans limite, a un coût. Mais cette quête nous a donné la sensation de cheminer sur une voie juste et libératrice, intimement liée à une nature dont la beauté et le mystère ont instillé dans notre esprit cette étrange sensation d’être véritablement reliés au principe originel et à l’énergie incommensurable qu’il a engendrée. Nous en avons été irrigués, et c’est ainsi que nous avons eu,  par la force de notre conviction, le courage de faire d’un lieu dénudé et austère une modeste oasis, un petit royaume de patience. Nos méthodes de gestion se sont fondées sur des principes écologiques, à l’exclusion de toute nuisance chimique.  Nous avons radicalement refusé l’agriculture industrielle qui ne peut produire sans détruire; destruction qui, à nos yeux,  représente une exaction majeure contre la terre nourricière, la nature et les êtres humains.

Ainsi le principe de sobriété que je prône n’est pas un principe de circonstance; il vient d’une conviction intrinsèquement liée à un choix de vie. Sur ce chemin,  nous n’avons au demeurant pas été exemptés de soucis matériels, tourments intérieurs, dissensions et divergences; mais ces difficultés se sont révélées nécessaires pour une meilleure compréhension de nous-mêmes et des autres. Cette vie est à l’évidence un chemin initiatique. (…)

Si l’on veut restaurer sur notre planète commune une équité inspirée par les impératifs moraux,  on est amené à dire que tant que l’ensemble des êtres humains n’a pas accès aux ressources vitales,  il y a spoliation. (…)

En même temps que le réenchantement du monde que nous aurons à accomplir, la beauté étant à l’évidence une nourriture immatérielle absolument indispensable à notre évolution vers un humanisme authentique,  nous devons également et impérativement trouver une façon juste d’habiter la planète et d’y inscrire notre destin d’une manière satisfaisante pour le cœur,  l’esprit et l’intelligence.  Le choix d’un art de vivre fondé sur l’auto limitation individuelle est des plus déterminants, cela est une évidence. Car nous ne pourrons nous affranchir de la tyrannie de la finance qu’en nous organisant pour ne plus en dépendre totalement. Et pour atteindre ce but, la sobriété s’avère une nécessité absolue. Il nous appartient, en la comprenant profondément, d’en faire une option heureuse, débouchant sur une vie allégée, tranquille et libre.

Au fil de mon cheminement,  j’ai renoncé au terme de décroissance (…).Je lui ai préféré celui de sobriété qui relève d’une règle morale fondamentale, éthique et politique. Il s’agit pour moi d’une sorte d’ascèse, non pas dans le sens de dolorisme ou de restriction,  mais dans celui d’équilibre et de partage,  d’une conscience de la valeur de la vied’une élégance de vivre en harmonie avec la terre.

Je me réjouis de constater que de nombreuses initiatives fleurissent naturellement et partout dans la société civile pour incarner cette merveilleuse mutation (…)

Un chantier exaltant s’ouvre, invitant chacune et chacun à atteindre la plus haute performance créatrice qui soit: satisfaire nos besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Et répondre ainsi à notre véritable vocation: honorer et prendre soin de la vie, sous toutes ses formes.  »

Je peux lire et relire ce texte et les autres écrits de Pierre Rabhi mille fois, je suis à chaque fois saisie par tant de beauté, tant d’intelligence du vivant. Ses mots me vont droit au cœur, encore et encore.
Merci à vous, Mr Pierre Rabhi, pour ce que vous nous transmettez.

Hors série Kaizen- Pierre Rabhi

Ce texte est extrait de la préface écrite par Pierre Rabhi du hors-série N°6 du magazine KAIZEN : « Je suis heureux et sobre », et dont je vous recommande vivement la lecture.

 

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